ADO a-t-il « oublié hier » ?

Ils sont en photo en première page de Fraternité Matin : « Ouattara, Bédié, Affi, KKB retenus », lance le quotidien abidjanais. « Sur les 44 candidats à l’élection présidentielle du 31 octobre prochain, quatre sont donc définitivement retenus par le Conseil constitutionnel. […] Fin de polémique », s’exclame Frat’ Mat’. « Il s’agit du président sortant, Alassane Ouattara, de l’ancien président Henri Konan Bédié du PDCI-RCA, du président de l’ancien parti au pouvoir, le FPI, Pascal Affi N’Guessan, et du candidat indépendant Konan Kouadio Bertin, dit KKB. »

Sur les 40 candidats évincés, deux poids lourds de la vie politique ivoirienne : l’ancien président Laurent Gbagbo et l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro. « Voici pourquoi ils n’ont pas été retenus », pointe L’Inter. Outre leur condamnation à 20 ans de prison par la justice ivoirienne, les deux hommes ne « figurent pas sur la liste électorale et leurs dossiers ne sont pas conformes », a justifié le Conseil constitutionnel.

Le même Conseil constitutionnel qui finalement « n’a pas suivi les requêtes de plusieurs opposants, souligne de son côté Le Monde Afrique. Des opposants qui estimaient que le président Ouattara ne pouvait pas accomplir un troisième mandat, la constitution limitant le nombre de mandats à deux. Le Conseil a souligné que le changement de constitution en 2016 n’était pas une « révision » et estimé que « la question de la possibilité ou non, pour le président de la République sortant de briguer un nouveau mandat, devait s’analyser à l’aune de l’adoption d’une nouvelle Constitution ». » Bref, que les compteurs étaient remis à zéro…

WakatSéra au Burkina affiche son désaccord : « C’est ADO [Ouattara] que le Conseil constitutionnel devait écarter ! s’exclame le quotidien ouagalais. Alassane Dramane Ouattara, qui est sorti de l’opposition pour la présidence, grâce aux vertus de l’alternance démocratique, mais surtout dans le sang des Ivoiriens qu’ont fait couler la guerre civile de 2002-2003 et la crise postélectorale de 2010-2011, Alassane Ouattara a « oublié hier », comme on dit en Afrique. […] ADO viole la loi constitutionnelle de son pays. De plus, il ne donne plus aucune valeur à la parole donnée, lui qui avait décidé, un 5 mars de cette même année, devant les hommes, qu’il quitterait les affaires pour passer la main à la jeune génération. »

Le Pays, toujours au Burkina, renchérit : « Il y a des regrets à nourrir face à cette configuration de la présidentielle ivoirienne de 2020. Le premier de ces regrets est que le renouvellement de la classe politique tant attendu n’aura finalement pas lieu. Ceux qui rêvaient d’un duel entre Soro et Blé Goudé doivent se résigner à attendre et continuer de vivre le cauchemar des luttes fratricides entre les héritiers de Félix Houphouët-Boigny, qui ont pris en otage le pays de l’éléphant depuis la disparition du père de la Nation. L’autre regret que l’on peut avoir, c’est le climat de tension palpable qui entoure cette élection et qui fait remonter dans les souvenirs, les affres des crises électorales de 2000, de 2003-2004 et de 2010-2011. »

Que faire de nos anciens présidents ?

Dans une tribune publiée par Le Point Afrique, l’écrivain guinéen Tierno Monénembo s’interroge : « Que faire de nos anciens présidents ? […] L’obsession du pouvoir ne vient ni de notre climat ni de notre couleur de peau. Le pouvoir est une drogue, affirme l’écrivain. Qui y goûte en devient accro. Comme l’air, le leader quel qu’il soit, tend à occuper tout l’espace qui se présente. C’est pour cela qu’il faut lui fixer des limites, pointe Tierno Monénembo.Pour faire pousser l’arbre de la démocratie, nous devons l’arroser de l’eau qui a fait des miracles ailleurs : celle qui favorise le développement d’institutions solides, c’est-à-dire indépendantes aux circonstances et aux hommes. Pour contenir les tentations despotiques, un seul et unique garde-fou, celui du contre-pouvoir. »

Mais la question reste posée : « Que faire de nos anciens présidents ? lance encore l’écrivain guinéen. Curieusement, répond-il, c’est Alpha Condé (alors, opposant, il est vrai !) qui avait proposé la bonne solution : « Pour pousser nos dictateurs à quitter le pouvoir, il faut leur offrir des garanties, avait-il dit : une amnistie et des moyens de subsistance pour le restant de leur vie. » Eh bien, Monsieur le Président, renoncez au troisième mandat, s’exclame Tierno Monénembo, et l’on vous donnera tout : et l’amnistie et suffisamment de diamants pour une vie de rêve à l’endroit de votre choix. »

RFI